« M'sieu Hines y a pas longtemps que j'suis là, j'suis pas bien au courant, qu'est ce que c'est au juste ces salauds de rouges ? »
Alors Hines lui dit comme ça : « Un rouge, c'est n'importe quel enfant de garce qui demande trente cents de l'heure quand on en paie vingt-cinq ! »
Alors, voilà le petit gars qui réfléchit un bout, qui se gratte la tête et qui dit : « Mais nom d'un chien M'sieu Hines, j'suis pas un enfant de garce, mais si c'est ça un rouge, eh bien moi, je veux avoir trente cents l'heure ! Tout le monde le veut. Eh bon dieu, on est tous des rouges, M'sieu Hines. »
John Steinbeck, Les raisins de la colère
Salinas
John Steinbeck, prix Nobel de littérature, auteur Des souris et des hommes, Les raisins de la colére, pour ne citer que ceux-ci, est né à Salinas un peu au sud de San Francisco, près de Monterey. Nous sommes allés sur les traces de Steinbeck, l'écrivain qui a raconté la vie et la révolte des ouvriers agricoles durant la crise de 29 aux Etats-Unis.
Dans la campagne de Salinas, nous avons rencontré des ouvrières et ouvriers agricoles, des Mexicains travaillant comme saisonniers à la récolte de fraises dans d'immenses champs.
« L'agriculture devenait une industrie et les propriétaires terriens suivirent inconsciemment l'exemple de la Rome antique. Ils importaient des esclaves, quoiqu'on ne les nommât pas ainsi : Chinois, Japonnais, Mexicains, Phillipins. Ils ne mangent que du riz et des haricots, disaient les hommes d'affaires. Ils n'ont pas de besoins. Ils ne sauraient que faire de salaires élevés. Tenez, il n'y a voir comment ils vivent. Il n'ya qu'à voir ce qu'ils mangent. Et s'il font mine de rouspéter on les rembarque, ce n'est pas plus compliqué que ça. » John Steinbeck, Les raisins de la colère.
« C'est drôle tout de même comme sont les choses. Si un homme a un peu de terre, cette terre est à lui, elle fait partie de lui, elle est pareille à lui. S'il a juste assez de terre pour pouvoir s'y promener, pour pouvoir s'en occuper et être triste quand ça ne rend pas, et se réjouir quand la pluie se met à tomber dessus, cette terre c'est lui-même et dans un sens il en est grandi parce qu'il en est le propriétaire. Même s'il ne réussit pas, sa terre lui donne de l'importance. C'est comme ça. (...)
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(...) Mais qu'un homme possède des terres qu'il ne voit pas ou qu'il n'a pas le temps de passer à travers ses doigts, ou qu'il ne peut pas aller s'y promener... alors, c'est la propriété qui devient l'homme, Il ne peut pas faire ce qu'il veut, il ne peut pas penser ce qu'il veut. C'est la propriété qu'est l'homme, elle est plus fort que lui. Et il est petit au lieu d'être grand. Il n'y a que la propriété qui est grande... et il en est le serviteur. C'est comme ça aussi. » John Steinbeck, Les raisins de la colère.
« Petits bistrots de fortune le long de la 66. Bicoques en planches bâties de bric et de broc. Deux pompes à essence devant la façade, une porte en toile métallique, un long bar avec tabourets et une barre pour les pieds. [...] Les murs décorés d'affiches, baigneuses blondes en maillots blancs avec de gros seins, des hanches minces et des visages de size, tenant à la main une bouteille de Coca-Cola... avec le sourire... voilà ce qu'on gagne à prendre du Coca Cola. » John Steinbeck, Les raisins de la colère
Panneaux publicitaires plus grands que nature dans une propriété d'agiculture biologique.
Cannery Raw
« Ses habitants, a dit quelqu'un : «ce sont des filles, des souteneurs, des joueurs de cartes et des enfants de putains» par là il pensait Tout le monde ; ce quelqu'un eût-il regardé par l'autre bout de la lorgnette, il eût pu dire : «ce sont des saints, des anges et des martyrs», et ce serait revenu au même. » John Steinbeck, Rue de la sardine.
Le soir, à Cannery Raw, quand la réalité rencontre la fiction. « Le crépuscule envahissait les alentours, c'était l'heure grise, celle qui sépare la lumière du jour de la lueur des réverbères.» John Steinbeck, Rue de la sardine
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